La banque directe nest pas un concept nouveau. Le téléphone
 
 
et le Minitel avaient déjà offert des perspectives de développement
 
 
pour des modèles alternatifs de banques sans réseau, voués
 
 
à léchec ou au mieux à la semi-réussite.
 
 
Internet a relancé les spéculations sur la banque directe, abusivement
 
 
réduite à la banque on line (celle-ci ne représente que
 
 
2 % à 3 % du marché). En effet, le téléphone et
 
 
le marketing direct occupent une place dominante dans les relations à
 
 
distance. Par ailleurs, le potentiel technologique réside aussi dans
 
 
le téléphone mobile (mobile banking) et la télévision,
 
 
qui est susceptible de devenir à terme laccès privilégié
 
 
à Internet dans les foyers.
 
 
Pour linstant, seuls les courtiers en ligne ont réussi à
 
 
simposer. Ils sont néanmoins pour la plupart largement déficitaires,
 
 
exposés à la volatilité des marchés financiers et
 
 
devraient être contraints, à brève échéance,
 
 
à des regroupements. Les modèles de banque directe qui paraissent
 
 
en mesure de percer commercialement sont ceux qui reposent sur une spécialisation
 
 
forte, des conditions tarifaires attractives et une stratégie décrémage
 
 
des clientèles. Ces banques doivent être capables dinvestir
 
 
des sommes importantes en publicité, et accepter de se positionner en
 
 
deuxième, voire troisième banque.
 
 
A lexamen de la rentabilité, la percée des banques sans
 
 
guichets nest pas encore convaincante. Aucune dentre elles nest
 
 
à léquilibre et les pertes peuvent savérer
 
 
abyssales. Egg, présenté comme un modèle de réussite,
 
 
a annoncé 3,8 milliards de francs de pertes nettes cumulées depuis
 
 
son lancement en 1998, malgré son adossement à Prudential et sa
 
 
réussite commerciale indéniable.
 
 
La tâche pour les banques directes généralistes qui se lancent
 
 
sur le marché sannonce ardue.
 
 
 
 
 
 
Les enjeux pour les acteurs du marché sont aujourdhui les suivants
 
 
:
 
 
Trouver des formules permettant datteindre la rentabilité.
 
 
La banque directe a jusquici surtout profité aux banques traditionnelles,
 
 
qui y ont vu un moyen dêtre plus proches de leurs clients, tout
 
 
en facturant des prestations auparavant gratuites. Lélaboration
 
 
de package de services leur fournit une occasion de tarifer de manière
 
 
quasi indolore les services commercialisés sur Internet, et de compenser
 
 
ainsi les pertes de recettes à venir sur le Minitel ;
 
 
Nouer des relations bancaires aussi rapides, riches et personnalisées
 
 
que possible.
 
 
Cest dailleurs une des conditions de lemploi des canaux à
 
 
distance en substitution des moyens daccès traditionnels. Ceci
 
 
suppose pour les banques directes dêtre elles mêmes multicanaux.
 
 
Le récent mouvement douverture dagences par des banques jusquà
 
 
présent 100 % directes illustre à lextrême ce phénomène
 
 
;
 
 
Formuler des propositions distinctives, à linstar de ce
 
 
que les courtiers en ligne sont parvenus à faire en mettant en avant
 
 
laccès direct aux marchés actions. Une banque directe se
 
 
cantonnant à offrir des prestations bancaires classiques -un peu moins
 
 
chères mais sans réseau physique, ni image- na aucune chance
 
 
de simposer ;
 
 
Parvenir à fidéliser les clients acquis en utilisant les
 
 
produits dappel classiques (tels que lépargne rémunérée).
 
 
Cette tâche est difficile car le taux déquipement des clients
 
 
à potentiel est élevé, et la multibancarisation forte.
 
 
Ceci suppose un élargissement des gammes qui risque de diluer limage
 
 
;
 
 
Rassurer les clients car les problèmes de sécurité
 
 
sont un verrou au développement de la banque directe en général,
 
 
et de le-banking en particulier.
 
 
 
 
Dans ce contexte, quatre types dacteurs peuvent être distingués
 
 
:
 
 
Les banques traditionnelles à réseau qui intègrent
 
 
Internet dans leur stratégie de banque à accès multiples.
 
 
Jusquici, leur démarche a été essentiellement défensive.
 
 
Elles ont toutefois été nombreuses à lancer des filiales
 
 
(Fimatex/Société Générale) afin de mettre en ouvre
 
 
des stratégies de (re)conquête. Elles pratiquent aussi lanticipation
 
 
dans lattente de la réduction de leurs effectifs, suite aux départs
 
 
massifs à la retraite prévus à horizon 2005 ;
 
 
Les banques directe généralistes qui offrent lensemble
 
 
des services bancaires et ciblent une clientèle à potentiel (Banque
 
 
Directe par exemple). Celles-ci doivent parvenir à se différencier
 
 
et à palier labsence dun réseau physique dédié
 
 
: la récente banque AGF sappuie ainsi sur les agents généraux
 
 
qui ne sont pas des spécialistes bancaires ;
 
 
Les spécialistes qui cherchent à répondre à
 
 
un besoin spécifique : lépargne (E-Cortal), la gestion directe
 
 
dactions (les courtiers en ligne), la rémunération dexcédents
 
 
de trésorerie (ING Direct). Lenjeu les concernant est la diversification
 
 
de loffre ;
 
 
Les nouveaux intermédiaires enfin, qui se positionnent comme
 
 
des courtiers ou des distributeurs en utilisant le potentiel spécifique
 
 
dInternet : sélectionneurs doffres, agrégateurs. Ils
 
 
doivent parvenir à clarifier leur vocation (trouver la meilleure offre
 
 
pour le client ou amener des clients à potentiel vers les banques partenaires)
 
 
pour gagner en visibilité.
 
 
Létude que nous avons réalisée offre en premier
 
 
lieu un panorama complet des initiatives en France en matière de banque
 
 
directe.
 
 
 
 
Notre analyse sattache notamment à présenter lensemble
 
 
des enjeux stratégiques que doivent relever tous les acteurs qui souhaitent
 
 
percer dans la banque directe et pérenniser cette activité.
 
 
 
 
La situation et la stratégie de plus de 30 banques et établissements
 
 
sont présentées, et les positions concurrentielles en matière
 
 
de banque directe - notamment sur Internet sont restituées.
 
 
 
 
Notre étude permet de comprendre les paramètres complexes qui
 
 
structurent les initiatives dans la banque directe, et dappréhender
 
 
les scénarios de développement les plus probables.