Longtemps exploité par des monopoles publics nationaux, le système
 
ferroviaire européen est soumis à dimportantes mutations,
 
dont les effets ne sont encore quen partie visibles. En perte constante
 
et généralisée de parts de marché face aux autres
 
modes, notamment la route, ce secteur est en plein processus de réorganisation,
 
devant aboutir, à terme, à sa libéralisation et, par conséquent,
 
à larrivée de nouveaux acteurs. Pour sy préparer,
 
les compagnies ferroviaires sont obligées dassainir leur situation
 
et de reconquérir leurs clientèles, fret comme voyageurs.
 
Plusieurs stratégies sont possibles : politiques dintermodalité
 
ou coopération entre acteurs ... ?
 
Le contexte mouvant pose de nombreuses questions.
 
Quel est le degré davancement des réformes au niveau de
 
lUnion Européenne ? Quel est limpact de la création
 
dun marché ferroviaire sur les acteurs ? Les tarifs dutilisation
 
des infrastructures peuvent-ils constituer un levier ? Lentrée
 
de nouveaux opérateurs est-il un mythe, ou une réalité
 
tangible ? Sur quels segments et à quelles conditions peut-elle sopérer
 
? Linternationalisation nécessaire des entreprises ferroviaires
 
va-t-elle passer par des alliances ou par des opérations de croissance
 
externe ? Quels sont les segments porteurs pour lavenir ?
 
Avec des parts de marché de 10 % pour les passagers et de 15,6 % pour
 
les marchandises, le transport ferroviaire connaît un déclin que
 
seuls les résultats sur quelques segments (grande vitesse, transport
 
combiné) permettent de contrecarrer. La situation financière des
 
entreprises ferroviaires est tout aussi préoccupante même sil
 
y a eu transfert dune partie de la dette vers de nouvelles entités
 
en charge de la gestion des infrastructures. La volonté politique de
 
développer les alternatives à la route et de « revitaliser
 
les chemins de fer européens » crée, parallèlement,
 
un contexte favorable au rail et à lintermodalité. La libéralisation
 
ayant introduit un « marché » du transport ferroviaire, les
 
acteurs doivent aujourdhui composer avec des enjeux incontournables :
 
les infrastructures et les modes
 
dexploitations demeurent fortement marqués par des caractéristiques
 
nationales, alors que lEurope devient le cadre géographique de
 
référence ;
 
lélaboration de corridors européens de fret ferroviaire
 
et, plus généralement dun réseau transeuropéen
 
oblige les compagnies à coopérer et à se rapprocher ;
 
la libéralisation et la possibilité dune concurrence
 
contraignent les compagnies à faire évoluer leurs stratégies
 
;
 
la nécessaire adaptation de loffre ferroviaire aux exigences
 
des voyageurs et des chargeurs, les limites inhérentes au mode ferroviaire,
 
les avantages naturels de la route (ou de laérien pour les passagers)
 
rendent indispensable la complémentarité modale et lélaboration
 
dune offre intermodale performante ;
 
le contexte concurrentiel, économique et financier oblige les
 
compagnies à re-voir leurs organisations et leur offre en matière
 
de produits et de tarifs.
 
 
En réponse, les acteurs ont pris des initiatives diversifiées
 
dont les principales sont :
 
la « désintégration » des compagnies historiques
 
en entités séparées organiquement ou comptablement et louverture
 
au marché ;
 
des rapprochements avec des compagnies étrangères ;
 
le développement de la grande vitesse parfois au détriment
 
de loffre régionale ;
 
une recherche dune meilleure produc-tivité.
 
Les évolutions suivantes sont à luvre :
 
pour simposer comme compagnie ferroviaire de référence
 
en Europe, les entreprises les plus actives devraient poursuivre leur internationalisation
 
et prendre des positions sur des créneaux porteurs (desserte des grands
 
ports, Est européen, grande vitesse...) ;
 
 
afin de reconquérir certains marchés comme la messagerie
 
et en réponse à la recomposition de ce secteur après lentrée
 
fracassante des Postes, les compagnies devraient multiplier les alliances sur
 
des secteurs connexes ;
 
 
dans le cadre des politiques délargis-sement de loffre,
 
la prise en compte des besoins logistiques des chargeurs simpose comme
 
un axe stratégique de développement ;
 
 
la rationalisation de lexploitation, la recherche de gains de productivité,
 
la modernisation de loffre et du matériel devraient conjointement
 
se poursuivre ;
 
 
le nombre de nouveaux entrants devrait augmenter.
 
 
Létude que nous avons réalisée prend en compte la
 
situation et la stratégie de 11 compagnies ferroviaires européennes.
 
Elle permet de comprendre le contexte politique, particulièrement structurant
 
dans ce secteur, les stratégies des différents acteurs, létat
 
de la concurrence modale et intermodale, les facteurs de mutations liés
 
aux nouvelles organisations productives et à lévolution
 
de la mobilité des personnes.