" La roche Tarpéienne est proche du Capitole "
 
Deux années extraordinaires pour l'industrie électronique, européenne
 
comme mondiale : 2000 et 2001.
 
En 2000, la production et les ventes de matériels ont à la fois
 
atteint leur plus haut niveau historique et ont connu leur plus haut taux de
 
croissance depuis plus de 20 ans. Informatique et surtout télécommunications
 
étaient en pleine euphorie et les prévisions de croissance étaient
 
optimistes.
 
L'année 2001 connaît la première baisse répertoriée,
 
des ventes comme de la production, dans l'histoire de cette jeune industrie
 
cinquantenaire.
 
L'industrie électronique est pourtant familière de ces situations
 
de " stop-and-go " résultant d'un ralentissement de la demande,
 
d'un grand enthousiasme pour un produit, suivi d'une désaffection brutale,
 
d'une anticipation trop optimiste des besoins du marché ou tout simplement
 
d'un ralentissement économique global.
 
Cette fois-ci, pourtant, tous ces phénomènes se sont produits
 
simultanément entraînant une crise sans précédent
 
:
 
 
- à l'engouement de 1998, 1999 et de la première moitié
 
de 2000 pour la nouvelle économie a succédé une désaffection
 
brutale et aussi peu justifiée que l'euphorie antérieure
 
- les anticipations très optimistes sur la croissance de la téléphonie
 
mobile ne se sont pas réalisées, parce que les espoirs fondés
 
sur le GPRS et l'UMTS ne se sont pas réalisés à temps,
 
et que les opérateurs de téléphonie n'ont pas su inventer
 
un nouveau " business model "
 
- les économies américaine puis mondiale ont commencé à
 
ralentir après une longue période de surchauffe responsable d'une
 
" bulle boursière " qui s'est brutalement dégonflée
 
à partir de la mi-2000
 
- les attentats du 11 septembre 2001, même s'ils n'ont pas entraîné
 
l'effondrement pronostiqué, ont contribué à prolonger la
 
période d'incertitude entre crise et reprise
 
- si l'on peut affirmer que le marché des PC n'est pas arrivé
 
à saturation, en tout cas en Europe, les fabricants n'ont pas trouvé
 
ni en termes de matériels ni de logiciels l'élément qui
 
donnerait un second souffle à cette industrie.
 
- Par ailleurs, l'industrie électronique est entrée, peut-être
 
sans en avoir pris totalement conscience, dans l'ère du grand public
 
et de la production de masse, ce qui la rend plus vulnérable à
 
la conjoncture économique.
 
Tous ces évènements laissent la plupart des professionnels de
 
l'électronique dans l'incertitude.
 
- Dans le court terme, quelle sera la durée et l'amplitude de la récession
 
?
 
- Dans le moyen terme, quand la reprise viendra-t-elle, quelle sera son intensité,
 
et quelle sera la nouvelle tendance à moyen terme ?
 
 
C'est à ces questions que nous allons tenter de répondre dans
 
les pages qui suivent, à un moment où il est particulièrement
 
difficile de faire des prévisions.
 
" Après la pluie le beau temps "
 
La fin de l'année 2001 et la première moitié de l'année
 
2002 s'annoncent donc difficiles dans le prolongement de la récession
 
engagée depuis six mois et dans l'incertitude de l'impact des attentats
 
du 11 septembre sur le moral du public et des répercussions sur les achats
 
de Noël 2001.
 
Cependant, en examinant les " fondamentaux " (les principales variables
 
explicatives), on s'aperçoit que toutes les conditions sont réunies
 
pour un rebond économique suivi du retour d'une croissance de l'industrie
 
électronique proche de la tendance à long terme.
 
On aura d'abord remarqué que dans la tourmente, l'électronique
 
automobile a tiré son épingle du jeu grâce à la "
 
pervasion ", c'est-à-dire l'accroissement du contenu en électronique
 
de la " voiture moyenne ". Pour le reste, les facteurs suivant permettent
 
de prévoir un retour à la croissance dès le troisième
 
trimestre 2002 :
 
- la reprise discrète mais réelle de la demande de matériels
 
à usage militaire
 
- la disparition progressive, en cours d'année 2002 des inhibitions du
 
grand public et la reprise des achats en fin d'année
 
- la reprise de la demande de nouveaux terminaux portables en raison des services
 
nouveaux offerts par le GPRS/UMTS
 
- enfin, la reprise de la demande en provenance de la net-économie, à
 
des niveaux plus raisonnables mais avec plus de solidité.
 
L'industrie électronique renouera donc, après la récession
 
de l'année 2001, avec la croissance en 2002. Cependant, comme cette reprise
 
ne s'effectuera que dans la deuxième moitié 2002, la croissance
 
moyenne sur l'année ne dépassera pas les 2%, et il faudra attendre
 
2003 pour atteindre et même dépasser le taux de croissance à
 
moyen terme.
 
L'analyse de l'évolution par secteurs montre plus précisément
 
pourquoi le marché ne connaîtra qu'une croissance modeste en 2002.
 
Dans l'informatique, la modeste reprise de la demande des instruments de l'e-économie,
 
routeurs, serveurs
ne compensera pas encore la tendance à la baisse
 
des équipements de base comme les unités centrales et les PC.
 
La téléphonie mobile (terminaux comme stations de base) en revanche
 
reprendrait suffisamment pour permettre une certaine croissance de l'ensemble
 
des télécommunications.
 
En conclusion, il faudra encore serrer les dents en 2002, mais aussi guetter
 
les signes de reprise dès le mois de juin pour ne pas se laisser surprendre
 
par l'accélération de la demande qui, comme après chaque
 
récession, sera vive.
 
Pour ce qui concerne la production, il faut observer que la recherche d'un
 
taux de profit acceptable pour les actionnaires conduit à une plus grande
 
optimisation et rationalisation de la production, et à un recours accru
 
à la sous-traitance. Contrairement à ce qui se produisait traditionnellement
 
où la sous-traitance était généralement effectuée
 
par des petites et moyennes entreprises, ce sont maintenant de plus en plus
 
souvent de grandes multinationales, dont le métier est de rechercher
 
les méthodes et les régions permettant la production au moindre
 
coût, qui s'en chargent. Il en résulte un véritable changement
 
de métier que révèle la nouvelle terminologie anglo-saxonne,
 
qui remplace le terme hiérarchique de sous-traitants par ceux de "
 
contract equipment manufacturers " (CEM) ou de " equipment manufacturing
 
services " (EMS). Ceci implique probablement une reprise de la délocalisation
 
dans les années qui viennent, dans la mesure où ces entreprises,
 
moins liées que les grands donneurs d'ordre à une image nationale,
 
sont plus mobiles. Mais désormais les Pays de l'Est sont en mesure d'accueillir
 
une grande partie de ces délocalisations, qui de ce fait réintégreront
 
l'Europe à mesure que se réalisera son élargissement.